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 La chasse aux radiosondes, histoire d'une passion

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Voir aussi : Ecoute d'une radiosonde - Lâcher d'une radiosonde - Les radiosondes, mais c'est très simple ! - Album photo - Petites histoires de chasseurs -  

Comment un OM normal, souvent père de famille, respecté dans sa paroisse et sérieux dans la vraie vie peut-il arriver à se relever la nuit pour partir fébrilement à la recherche d'une boîte en matière plastique retombée de 30000m d'altitude et vraisemblablement accrochée dans un arbre ? Comment près de six cents OM normaux en sont-ils arrivés là ?

Les radioamateurs et la radiogoniométrie, bref historique

  Dès les débuts de la TSF, déterminer la position d'un émetteur éloigné a été une préoccupation, comme par exemple pour localiser un émetteur ennemi pendant la Première guerre. Dans le domaine de la navigation, tant maritime qu'aérienne, le développement des radiophares dont les signaux émis ne sont pas soumis à l'absorption par le brouillard comme l'est un rayon lumineux, a permis aux bateaux et aux aéronefs équipés d'un récepteur et d'une antenne directive de déterminer la direction d'un point connu.
  Dès 1930, pour déterminer la direction des vents à différentes altitudes, les premières radiosondes étaient suivies par radiogoniométrie, art de déterminer la position de la source d'un signal radio en traçant sur une carte deux ou plusieurs relevés se croisant théoriquement à l'endroit du point d'émission. (Voir Les débuts du radiosondage 1920-1945)

  Les radioamateurs se sont, eux aussi, intéressés à la radiogoniométrie dès le début mais c'est surtout après la Seconde guerre mondiale, grâce à la possibilité de réaliser des récepteurs mobiles, en particulier après l'apparition des premiers transistors dans les années 1960, que se développa une activité à la fois ludique et technique : la chasse au renard. Le renard est un petit émetteur que l'organisateur de la chasse cache dans la nature (ou parfois en ville) et que les concurrents cherchent à retrouver le plus vite possible, le premier arrivé étant déclaré vainqueur de la course. Cette activité accessible à tous a un grand mérite : celui de réconcilier la famille avec la passion d'un de ses membres mais aussi de faire découvrir la radio d'amateur au grand public et en particulier aux jeunes.

  A partir des années 1980 des associations de radioamateurs, les ADRASEC (Association Départementale des Radio-Amateurs au Service de la Sécurité Civile), se sont formées dans le but de participer à la recherche des avions accidentés à l'aide des signaux émis par la balise de détresse installée à leurs bord, un émetteur se mettant en marche lors d'un choc. La radiogoniométrie d'amateur avait trouvé là une application hautement sérieuse et ces équipes de bénévoles ont consacré une grande partie de leur activité à s'entraîner sur le terrain. La méthode généralement employée est grosso modo celle d'une chasse au renard où l'évolution des équipes de recherche sur le terrain est coordonnée par un PC, poste de commandement normalement implanté en préfecture dans le cas d'une vraie catastrophe aérienne.
Photo ci-contre : jeune chasseur de renard



La radiogoniométrie des amateurs

  La recherche d'une balise de détresse dans un temps le plus court possible nécessite un haut niveau de performance dans de nombreux domaines :
- précision des mesures de direction à l'aide de l'antenne directive et de la boussole
- grande sensibilité des équipements de réception pour retrouver un signal souvent très faible
- excellente connaissance du terrain, tant pour les déplacements en véhicule pour se rendre rapidement d'un point de la zone à un autre que lors de la progression sur le terrain, parfois boisé ou montagneux
- capacité à interpréter les relevés effectués en tenant compte des échos ou des affaiblissements dus au terrain (relief, végétation...)
- bonne condition physique et équipement fiable des participants.
Toutes ces qualités ne s'acquièrent qu'au travers d'exercices nombreux et diversifiés. Les ADRASEC les plus performantes passent une grande partie de leur temps à s'entraîner sur le terrain, à décortiquer les précédents exercices lors de séances de formation et à améliorer leur matériel.

  En dehors des ADRASEC, deux autres activités permettent au radioamateur de rechercher des balises : la radiogoniométrie sportive, qui est un mélange savant de chasse au renard et de course d'orientation, et la recherche des ballons-radioamateur ou, plus fréquemment, des ballons-écoles. Dans ce dernier cas, les ballons réalisés par des classes sont équipés d'un émetteur sur 137 ou 138 MHz qui retransmet les mesures effectuées par les capteurs installés dans la nacelle par les étudiants. C'est la recherche des ballons-écoles qui a conduit, plus ou moins directement, les radioamateurs à s'intéresser aux radiosondes. On verra plus loin comment.
Photo ci-contre : un émetteur de radiogoniométrie sportive


Le besoin de s'entraîner


  Comme dans toute activité humaine, il y a des pratiquants de la radiogoniométrie qui sont passionnés. Leurs motivations sont variées : envie d'être le meilleur et de trouver le renard le premier, soif de connaissances et besoin d'améliorer son matériel et ses techniques de recherche, plaisir de pratiquer une activité avec les autres en combinant à la fois la radio et la marche en pleine nature...
Mais les plus mordus ne se contentent pas de la chasse au renard annuelle organisée par le radioclub du coin, de la compétition de radiogoniométrie sportive ou de l'exercice ADRASEC trimestriel, ils organisent parfois, à deux ou trois, un petit exercice sur le terrain, l'un cachant un ou plusieurs émetteurs tandis que l'autre - ou les autres - les recherchent. L'ennui est qu'il faut toujours quelqu'un pour cacher la balise et, même si le fait de poser un problème aux autres est un plaisir en soi, il faut dire que la recherche de la solution en elle-même est bien plus motivante.
" Si les balises se cachaient toutes seules, ce serait quand même bien pratique..." pensait Stéphane F1SRX en 2005, on pourrait économiser un opérateur ou bien s'entraîner tout seul...

Les balises qui se cachent toutes seules

  Avant 2004, la plupart des radioamateurs savaient vaguement qu'il existait des ballons-sondes météo utilisés pour mesurer l'état de l'atmosphère en altitude mais sans trop savoir où et quand ces radiosondes étaient lâchées. Dans le meilleur des cas on savait que Lyon ou Trappes en envoyaient et que les émetteurs de ces radiosondes utilisaient des fréquences aux alentours de 400 MHz. Quelques radioamateurs avaient eu l'occasion d'en voir de plus près lors de la visite d'un centre de radiosondage ou dans une exposition. Parfois un agriculteur ou un randonneur était venu sonner chez l'un d'entre-eux pour lui demander ce que pouvait être cette boîte blanche retrouvée dans la nature, bourrée de circuits électroniques et munie d'une antenne. Mais jusqu'en 2004 bien peu avaient eu l'idée ou pris le temps de se mettre à l'écoute des radiosondes, ne sachant généralement pas quoi, quand et sur quelle fréquence écouter.
  Stéphane F1SRX faisait partie de ceux-là. Un jour, un copain radioamateur avait découvert tout près de chez lui ce qu'il avait facilement identifié comme un ballon-sonde météo et en avait parlé à Stéphane tout aussi ignorant mais plus curieux que son collègue ; il était rentré à la maison bien décidé à en savoir plus et à essayer de les écouter. Sans tarder, il avait commencé par se fabriquer une petite antenne 5 élements sur 400MHz. Sachant à quelles heures elles partaient, il s'était mis à l'écoute avec un petit scanner et cherchait à entendre celle de Payerne, la plus proche de chez lui et qui aurait dû être très confortablement reçue en direction de l'Est ; mais rien, jamais rien, même en balayant la bande de 400 à 406MHz. Un mystère.

Deux ans de galère

  Quelques infos trouvées sur Internet (il y avait déjà quelques chasseurs de radiosondes en Allemagne et en Angleterre) préconisaient d'écouter en FM, c'est donc en FM que Stéphane écoutait. Effectivement, il entendait bien des signaux provenant vraisemblablement de radiosondes en direction du nord, de l'ouest et du sud mais jamais rien en direction de Payerne. Sachant que le centre de Météo-Suisse procédait à des radiosondages réguliers, quatre fois par jour, il se décida un jour à faire le déplacement en deux heures de route pour assister au départ de la radiosonde et écouter son signal, supposé être très puissant puisque très proche. Il range sa voiture à quelques centaines de mètres du centre, la radiosonde s'envole, il voit le ballon disparaître dans le ciel : rien dans le récepteur à part un vague grésillement sur une grande partie de la bande. Machinalement il passe en AM et miracle : un signal très fort, comme le bruit d'un moustique plus ou moins modulé. Pas de doute, c'est elle et elle n'est audible qu'en AM ! Il suffisait de le savoir.
  Les jours qui suivent, Stéphane passe pas mal de temps à écouter pour se familiariser avec la bête. D'abord avec sa fréquence, qui glisse d'un bout à l'autre de la bande et souvent hors bande, avec les variations du signal reçu, de la modulation... En montant, la température à l'intérieur du boîtier en polystyrène descend et la fréquence monte (ou parfois descend, selon l'humeur de l'oscillateur). A l'éclatement, le signal s'étale sur des centaines de kilohertz et il est très difficile de mesurer la direction. La chute est rapide : un quart d'heure en général.
  Comme Payerne est à l'est de son QRA et que les vents dominants entraînent neuf fois sur dix les radiosondes de Payerne vers l'Est, il est rare que ces dernières retombent dans la région. Heureusement, il existe une application sur Internet qui permet de calculer la trajectoire d'un ballon en connaissant son point de départ, le moment de son lâcher et l'altitude d'éclatement. C'est grâce à cet outil que Stéphane a pu savoir qu'une radiosonde de Payerne allait retomber dans son secteur.
  Maintenant que toutes les radiosondes ou presque peuvent être décodées et suivies dans leurs déplacements à quelques mètres près, on a du mal à imaginer les difficultés pour retrouver une SRS-400 fabriquée par Meteolabor en Suisse avec une technologie qui datait d'avant les oscillateurs synthétisés. En plus, la fiabilité des prévisions était très médiocre car on ne connaissait pas encore les paramètres essentiels déterminant la trajectoire, en particulier l'altitude d'éclatement et la vitesse de chute. Prétendre chasser une SRS-400 en 2006 équivalait à vouloir pécher un merlan sans savoir s'il vit dans la mer, dans une rivière ou dans une fontaine. Il fallait vraiment avoir beaucoup de chance.
  Heureusement la chance finit toujours plus ou moins par arriver. Au bout de deux ans d'errements, F1SRX réussit à suivre le signal d'une SRS de Payerne jusqu'à l'endroit où elle s'était posée.

La première par Stéphane F1SRX

  " Ça fait plusieurs jours que je surveille les prévisions avec BTF que j’utilise régulièrement depuis plusieurs années pour les ballons des écoles, et la radiosonde de Payerne semble vouloir s’approcher de la frontière française.
  On est le jeudi 6 juillet 2006, il fait beau et vers 19h30, je quitte le QRA en direction de la Chaux de Fonds. Tout en roulant, j’entends nettement la radiosonde sur 402,300 MHz. C’est celle de 18h00 TU. Je me rends compte que je suis à la bourre et j’accélère un peu. La Chaux de Fonds, c’est presque à 1h00 du QRA. Passage de la frontière suisse. Aujourd’hui, c’est simple, mais il y a quelques années, rien que d’avoir 2 antennes sur le toit (et ce n’est pas beaucoup pour un radioamateur !) on attirait l’attention des douaniers. Je ne leur ai jamais dit que je chassais leurs ballons, mais néanmoins il m’est arrivé plusieurs fois de poireauter pendant qu’ils décrivaient à l’OFCOM ce qu’ils avaient devant eux.
  Revenons à notre « chasse ». Il est 20h30, je suis arrivé sur le point soit-disant de chute du ballon et à peine 5 mn après, je perds le signal. J’ai du mal à me rappeler de la direction : 200 ? On va dire que c’est ca. C’est bien fait pour moi, j’aurais dû surveiller la chute !
  Je ne sais pas pourquoi, mais je décide de ne pas poursuivre dans le sens du relevé, mais de grimper sur un point haut remarquable : le Chasseral. Ce n’est pas tout près, mais c’est un point à 1600 m d’altitude. Là-haut, après une bonne heure d’écoute, je retrouve la radiosonde sur 404.250 MHz, signal 55, au 275°. Une heure pour ça ? Et bien oui, la radiosonde de Payerne dérive comme une savonnette et c’est encore pire lorsqu’elle a touché le sol. Pour retrouver le signal, il faut donc tourner la directive dans tous les sens pendant qu’on balaye la fréquence de plusieurs MHz par rapport à la fréquence où on l’a perdue. Et ceci en montant et en descendant en fréquence.
  Vers 23h00, je quitte le point haut. On a beau être en été, mais au Chasseral, il ne fait jamais chaud, surtout la nuit ! Deux heures plus tard, j’ai 2 nouveaux relevés que je trace sur la carte : rien ne se croise ! Ou plutôt si : les relevés se croisent n’importe où (
photo ci-contre) ! Je dois ratisser pendant des heures en longeant la frontière et le Doubs et je n’entends rien depuis la voiture. Vers 3h00 du matin, je déclare forfait et rentre à la maison, déçu. Bah, ca n’est pas la 1ère fois, c’est au moins le 20ième échec ! Je ne sais plus ce que j’ai raconté à Céline, mon YL, mais elle a dû me faire confiance…

Echec ? Je croyais qu’on parlait de la 1ère radiosonde trouvée par SRX ?
Attendez un peu, impatients, ce n'est pas fini !
  Le lendemain, pendant ma pause de midi, je décide de me rendre sur le point de chute supposé de celle de minuit. Elle aurait passé largement la frontière pour aller s’échouer en France à une dizaine de km de celle que je chassais le soir précédent.
  J’écoute en roulant, tout en balayant manuellement la bande complète. Comme je ne l’avais pas écouté pendant son vol, je ne connais pas du tout sa fréquence. Au bout d’une heure de ratissage, sans succès, je décide de reprendre la route du pro mais continue de balayer la fréquence. Et d’un coup, bingo : un signal sur 403 MHz. Ce n’est pas encore celle de 12h TU.
  Quelques relevés, quelques tracés, une zone d’intersection nette, le bruit d’abeille qui devient très fort dans le haut parleur. Par contre, la fréquence dérive sacrément vite. Je stoppe le véhicule pour un relevé complémentaire, mais j’ai du mal car la fréquence bouge trop vite. Et qu’est ce que je vois, dans le pré, au milieu des vaches ? Une pierre à sel ? Non, c’est quand même pas la radiosonde ! Eh ben si, c’est elle, allongée, par terre avec un gros restant de ballon. Eh bien vous me croirez si vous le voulez, mais quand je suis arrivé vers elle, il n’y avait plus de bruit dans le récepteur. Un peu comme si elle m’avait attendu pour rendre l’âme !
  Sur le coup, je ne comprends pas grand-chose, pensant avoir trouvé celle de minuit. Mais finalement, c’est une radiosonde plus petite que celle que j’avais vu à Météosuisse. C’est leur fameuse « windsonde » qu’ils lancent à 06h00 et 18h00 TU. En fait, j’avais trouvé la radiosonde de 18h00 TU que je chassais, sans succès, le soir précédent ! Comme quoi, avec un peu de patience, et beaucoup de chance..."
Photo ci-contre : la troisième de F1SRX (et ses trois QRP)


La conversion, par F5ZV

  Stéphane SRX est un passionné et comme tous les passionnés il cherche à convaincre par tous les moyens la Terre entière qu'il a découvert une activité formidable, instructive, accessible à tous, passionnante etc. Il essaie d'abord de convertir sa famille, ses voisins, les amis proches, les parents éloignés...
Comme il est radioamateur et que la chasse aux radiosondes qu'il venait de découvrir intéresse plutôt les radioamateurs, dans l'été 2006 il a fini par me tomber dessus, cible facile
a priori puisque j'étais comme lui mordu de radiogoniométrie.
- Oh, tu sais pas j'ai découvert ? Une activité formidable, je chasse les radiosondes !
- Les quoi, demandai-je ?
- Les radiosondes, tu sais bien, les ballons-sondes météos sur 400MHz, j'en ai déjà trouvé deux. Il suffit d'avoir un récepteur UHF qui descende sur 400 MHz, je te ferai une copie du plan de mon antenne...
- Non, non, j'ai pas le temps, j'ai ma rubrique dans Mégahertz, mon site Internet, le site de l'ADRASEC et encore un autre qui me prend beaucoup de temps. Un autre jour... plus tard, dans quelques années peut-être...
- Bon, c'est pas urgent, mais tu pourrais déjà commencer par écouter.
- J'ai pas de récepteur !
- J'en ai plusieurs, je peux te prêter un scanner...
Et je suis retourné à mes articles de vulgarisation et à mes petites occupations inutiles.
  Début octobre, il me relance : "on visite en groupe le centre de Payerne à la fin du mois, Jean-Michel HB9DBB va nous faire une visite, ça t'intéresse ? "
  Bien sûr que ça m'intéressait, pas seulement pour les radiosondes mais aussi pour tous les types de mesures, le centre de Payerne est un des plus avancés en Europe. Lors de la visite, passionnante, j'ai eu l'occasion de voir la deuxième radiosonde de ma vie (la première était une radiosonde belge trouvée en 1962 par un copain de collège) : une vraie SRS400-PTU avec son hypsomètre et ses modules bien rangés dans une grande boîte en polystyrène
(photo-cicontre). Gonflage du ballon à l'hydrogène, lâcher, suivi de la trajectoire par le radar et visualisation sur l'écran du PC.
- Elle va où aujourd'hui ?
- Oh, dans les Alpes, au sud de Lucerne
Ah, et bien ce ne sera pas aujourd'hui que je vais aller chasser ma première radiosonde...
  Je ne suis pas encore converti mais je reconnais que je commence à y croire. Je suis rentré de Payerne avec beaucoup plus de questions que je n'étais allé chercher de réponses : jusqu'où montent-elles ? Comment sont les vents là-haut ? Jusqu'à quelle distance peut-on les entendre ?
  Quand on voit ce qu'on trouve sur le sujet maintenant en interrogeant Internet, on a du mal à imaginer qu'en 2007 il n'y avait rien (ou presque). Bien sûr SondeMonitor existait déjà, et BTF aussi, mais quels étaient les centres de radiosondage actifs, à quelle heure écouter, sur quelle fréquence, à quoi ressemble la modulation, comment procéder... ?
  En fait, si, il y avait un site consacré à la chasse aux radiosondes. En français, en plus. Son adresse était "http://f1srx.fr" ! C'est le site perso de Stéphane, deux pages sur "comment utiliser BTF et Balloon-Track pour établir une prévision" ou l'art d'utiliser un scanner pour écouter la bande 403 MHz...
Début mars 2007, il me signale par email l'existence de son site et, impressionné, je lui réponds :


"Stéphane,
Merci pour les infos, je suis allé sur ton site : très bon début ! Mais on sent que
tu n'as pas beaucoup le temps d'y travailler. N'hésite pas à me demander
si tu as besoin d'un coup de main.
73, Roland. "

Je ne le savais pas encore mais par cette dernière phrase je venais de signer un engagement pour dix ans (au moins) !

Le projet de site "chasse aux radiosondes"

  F5ZV n'avait encore jamais chassé de radiosondes mais, comme certains journalistes peu scrupuleux, il était capable d'écrire trois pages sur un sujet dont il ne connaissait pas la première ligne. Heureusement, F1SRX connaissait le sujet et était content d'avoir trouvé quelqu'un pour mettre en forme et publier ses connaissances, sa réponse à l'email précité exposait les grandes lignes :

"...effectivement, je n'y passe que peu de temps, et surtout, je ne suis pas très fort en rédaction d'article. Je subis souvent le syndrome de la "feuille blanche" !
Initialement, ce site avait 2 buts :
- pouvoir renvoyer des gens sur une info, sans avoir à dépendre de quelqu'un d'autre. Ex : sortie à Payerne : j'y ai mis rapidement les infos et les gens intéressés pour participer à la visite d'octobre 2006 y trouvaient tout ce dont ils avaient besoin. Ce genre d'info doit disparaitre une fois l'activité terminée.
- rédiger des infos, que l'on ne retrouve pas ailleurs, sur un sujet que je connais (exemple, les radiosondes). Tu ne retrouveras pas ailleurs, les infos citées. Dans ce cas, il n'y a pas beaucoup de texte, mais les infos y sont très nombreuses. Cela m'évite aussi, lorsqu'on m'interroge par mail, de devoir répéter plusieurs fois les mêmes choses.
Mais je suis trés conscient qu'il y a encore un travail énorme. C'est pour cela que je ne fais pas de pub quant à l'existence de ce site.
Néanmoins, je suis très ouvert à toute proposition, et j'accepte très volontiers toutes tes remarques, critiques, conseils, améliorations, aides...
D'ailleurs cela pourrait être une page ou/et une série d'articles que tu pourrais créer sur ton site, avec moi (et sûrement d'autres) en testeur.


  Mais F5ZV ne voulait pas ajouter un chapitre sur son site déjà consacré à la radio d'amateur en général, Stéphane avait eu l'idée, avait commencé une bonne ébauche, il suffisait de l'étoffer. A la limite ce serait un projet commun, une copropriété, et ils ne seraient pas trop d'être deux pour rassembler la matière à publier.
  D'ailleurs cette matière, ils la recherchaient ensemble, presque à tâtons tellement la documentation était rare ou périmée. C'est finalement plus par la chasse que les infos sont venues et surtout qu'ils ont acquis tous les deux l'expérience et la pratique nécessaires pour pouvoir commencer à rédiger les différentes pages.
  Assez rapidement le plan du site s'est dessiné, 6 pages pour présenter le radiosondage et la méthode pour chasser :
- généralités, qu'est ce qu'une radiosonde
- liste et carte des centres de radiosondage de France et des environs
- description des différentes radiosondes
- comment calculer des prévisions de trajectoire
- le décodage des RS92SGP avec SondeMonitor
- la recherche sur le terrain et le matériel nécessaire

  Quand on part de rien, on a l'impression de progresser très vite. Les différentes chasses en commun leur ont permis de mettre au point une méthode de recherche pour les SRS400 (printemps 2007), les RS92KL (été 2007 : photo ci-contre) et les RS92SGP (automne 2007). Les discussions avec les professionnels de Météo-France à Nancy, de Payerne en Suisse, de St-Hubert en Belgique complétées par des infos en provenance d'OM allemands et français ont permis de rassembler rapidement une masse d'informations qui ne pouvait plus tenir en six pages. F5ZV proposa un découpage en 9 chapitres que l'on subdiviserait en cas de besoin. En novembre 2007 le site en projet dépassait largement ce que Stéphane avait imaginé au départ. Le 13 novembre, il écrivait à Roland F5ZV :

"...à propos de la mise en ligne du site sur les radiosondes, j'y ai réfléchi et je pense que le meilleur moyen afin que personne ne se sente "lésé" serait d'avoir un nom de domaine spécial pour cela, avec chacun un accès au site (droit identique). Par exemple le nom de domaine http.radiosonde.fr est libre. On aura ainsi un vrai site en commun (mis en place et entretenu par ZV et SRX). Sur nos sites respectifs, on mettrait une bafouille (pour les moteurs de recherche) et un lien sur ce site en commun. "

Ce à quoi répondait F5ZV :

"- je ne me sentirai jamais lésé car ce qui m'intéresse est de construire le site et non d'en tirer gloire. Pour moi c'est TON idée, donc TON site. Si j'ai envisagé d'en mettre le contenu en ligne sur le mien bien après c'est uniquement pour profiter de la notoriété de mon espace wanadoo chez Google et autres. Ma profonde motivation est de produire LE site des radiosondes. il y a un créneau à prendre au niveau global. Une version anglaise serait quand même pas mal, avec Bablefish pour dégrossir et la relecture de quelques copains parfaitement anglophones (j'en ai au moins 4 sous la main), on devrait s'en sortir.
- bonne idée de prendre un nom de domaine ; "radiosonde.xxx" sonne bien en français et anglais. Pourquoi pas EU ou COM ? Déjà pris ?
"

Pourquoi pas "radiosonde.eu" pendant qu'on y est ? Cette question s'est révélée lourde de conséquence car ce ".eu" a justifié naturellement l'ajout par la suite de pages spécifiques et de traduction en espagnol, en allemand, en italien et en néerlandais. Par contre, la version en anglais qui avait été envisagée n'a jamais vu le jour. Il s'est avéré que son absence n'empêchait pas de nombreux anglophones de lire le contenu des pages.
Le 21 novembre 2007 le site était en ligne. Il restait à le faire connaître d'abord mais surtout à inciter les radioamateurs à s'essayer à chasser les radiosondes.

La promotion du site

  Roland F5ZV, qui publiait chaque mois dans Mégahertz-Magazine un article destiné aux débutants, avait proposé dans le courant de l'été 2007 à la Rédaction du magazine de rédiger un article sur le radiosondage. Quelques mois plus tard il était devenu évident que, vu son épaisseur, cet article serait publié sur plusieurs numéros et qu'il serait une rampe de lancement pour le site. Le découpage en épisodes avait été conçu pour que l'existence du site soit annoncé dès le début de la publication mais que l'adresse exacte ne soit révélée qu'à la fin du quatrième et dernier article. Ce petit suspens allait fortement participer à faire connaître l'événement.
  Autre outil de promotion du site et de l'activité "chasse aux radiosondes" : une liste de diffusion. C'est F1SRX qui en a eu l'idée. Fin décembre, c'est à dire au même moment que la sortie du premier article de la série dans Mégahertz, la liste "radiosonde-monitoring" est en place et quelques inscriptions sont déjà enregistrées. L'adresse du site est dévoilée aux abonnés de la liste en leur demandant de ne pas la diffuser tant que le dernier article de la série n'aura pas été publié dans Mégahertz, pour ne pas faire de tort à la revue. Bien sûr, ils avaient l'autorisation de la communiquer aux copains... Si vous voulez qu'une nouvelle se répande plus vite, confiez-la comme un secret à quelques personnes... Les résultats n'ont pas tardé, chaque jour le nombre affiché par le compteur de visiteurs du site augmentait : deux, trois, cinq, huit... et les adhésions au groupe Yahoo correspondant à la liste de diffusion arrivaient petit à petit. Les messages échangés (une quinzaine par jour en janvier 2008) concernent surtout l'écoute, grâce à l'information en temps réel, ou presque, chacun pouvant signaler une radiosonde entendue. Les autres membres peuvent alors se mettre à l'écoute. L'entraide est très efficace et l'ambiance sur la liste est très bonne, le moindre manquement aux règles de courtoisie et de tolérance faisant l'objet d'une explication avec les modérateurs.
  Les informations véhiculées par la liste sont recueillies et servent à la mise à jour du site ; en retour la page "contacts" du site draine les visiteurs vers la liste de diffusion. Fin janvier 2008 le site rassemble 90 pages dont beaucoup ont été inspirées, alimentées voire rédigées par des membres du groupe.
  Très tôt il est apparu que ce n'est plus un site d'un côté et une liste de diffusion de l'autre mais un système complet au service d'un mouvement qui commence alors à prendre forme, une nouvelle activité qui vient à point pour compléter celles déjà nombreuses et variées qui constituent la radio d'amateur.

Pourquoi tant d'intérêt pour les radiosondes ?

  Arrivé à ce moment de l'histoire on peut se poser la question : mais qu'est-ce qui a fait que l'écoute et la chasse des radiosondes deviennent, presque du jour au lendemain, un volet de la radio d'amateur ?
La première et principale raison est la nature même de l'activité : l'écoute. Même si la bande de fréquence utilisée (400,6 à 406MHz) n'est pas attribuée au service amateur, le radioamateur est d'abord un écouteur qui cherche à améliorer sans cesse son équipement ou ses compétences et à vérifier l'efficacité de ses efforts d'amélioration. Rares sont les chasseurs de radiosondes qui fabriquent leur récepteur (ils sont un ou deux pourcents) par contre, chaque chasseur de RS a été obligé de fabriquer son antenne car, contrairement à ce qui existe pour la bande amateur 430-440MHz, on ne trouve pas sur le marché d'antenne 400MHz adaptée à la chasse ou à l'écoute (ou, du moins, pas à des prix "OM"). Et ces antennes sont réalisables à peu de frais et avec des moyens très limités. Le site regroupe une grande variété de descriptions avec beaucoup de détails pratiques.
 Les autres raisons du succès sont nombreuses :
- c'est une activité accessible au plus grand nombre, sans nécessiter de connaissances techniques particulières,
- par son aspect ludique, la chasse sur le terrain peut faire l'objet d'une sortie en famille ou entre amis
- elle se pratique en plein air, sans toutefois réclamer une grande forme physique ou des efforts importants
- à moins de faire vraiment beaucoup de kilomètres pour chasser, c'est une activité assez économique. L'équipement nécessaire est la plupart du temps utilisable sur les autres bandes radioamateur
- on peut la pratiquer sans contrainte, par tous les temps, à tout moment, à condition qu'une radiosonde retombe à distance raisonnable, bien sûr...
- certains chasseurs y trouvent un aspect "compétition" très motivant au travers du tableau de chasses qui permet de comptabiliser les prises.
- il est possible de la pratiquer en commun, soit sur le terrain en formant une équipe de copains, soit en associant une station fixe pratiquant le décodage et une équipe sur le terrain profitant du support moral et technique de l'OM à l'écoute.
- l'écoute, en particulier au travers du décodage, permet de concilier la radio, l'observation météorologique, ou l'étude de la propagation des ondes
- la chasse, par l'aspect aléatoire et inattendu des points de chute, incite à découvrir d'autres régions ou des endroits inhabituels.
- sur le plan technique, la chasse et l'écoute des RS offrent la possibilité de réalisations techniques très pointues en électronique (décodeurs...) ou en radiofréquences (préampli, récepteur...) et de développements informatiques (décodage, prévisions...). C'est d'ailleurs cet aspect qui a créé un certain engouement chez les " anciens " qui ont retrouvé, à travers l'écoute et la chasse aux RS, ce qui leur avait plu lors de leurs débuts : beaucoup de choses sont à créer !
  Mais la raison la moins rationnelle, si l'on peut dire, est sans doute l'attirance de l'humain, cloué au sol, pour tout ce qui vole. Pour en être convaincu il suffit d'assister au lâcher d'un ballon-école et de voir la joie des enfants (et de leurs parents ou grands-parents) et le nombre de photos qui sont prises du ballon qui s'envole en emportant avec lui un petit peu des rêves de chacun.


Le mouvement "chasse aux RS" et son développement

  Il ne suffit pas d'avoir une idée, même géniale, et de la proposer à la population mondiale pour que tout le monde se précipite dessus. Un bon produit ne se vend pas tout seul, du moins au début de sa carrière, il faut à la fois le faire connaître, convaincre les gens que ce produit leur est indispensable et les assister dans leur premiers pas. Quand, lors des premiers exposés présentés devant des OM qui découvraient la chasse aux radiosondes, F5ZV racontait sa première chasse de nuit dans la montagne jurassienne avec Stéphane F1SRX, la plupart des spectateurs se demandaient quel type d'aventurier ou de malade mental ils avaient en face d'eux. Quelques mois ou années plus tard, ces mêmes OM trouvent naturel de sortir la nuit sous la pluie pour retrouver la radiosonde dont ils viennent de décoder le point de chute.
  Les exposés dans les radioclubs (plus d'une quinzaine pendant les deux premières années), l'assistance et l'émulation sur la liste de diffusion, les chasses en équipe... ont beaucoup fait pour encourager les sceptiques intrigués sauter le pas : bricoler une antenne et la brancher sur leur récepteur ou leur transceiver UHF pour écouter au moins une fois ces modulations peu ordinaires dont ils entendaient parler.

  Toute communauté a ses fêtes régulières, ses rencontres épisodiques, ses actions en commun qui sont autant de points de repère dans le calendrier. Il était évident dès le début que le développement du mouvement serait plus rapide si on pouvait inciter les chasseurs à participer à une ou deux opérations annuelles.
  Pour l'automne, F1SRX a proposé une journée technique consacrée aux ballons-écoles et aux radiosondes avec des exposés variés, des démonstrations, des présentations de matériel. La première rencontre eut lieu à Maîche, dans le Haut-Doubs, fin août 2008 (photo ci-contre), les suivantes à Trappes (2009), Brest (2010) et enfin Bourges en septembre 2011. A chaque fois le nombre de participants ne dépassait pas 40 mais c'étaient des grands moments d'échanges (d'informations, de matériel, de radiosondes...), non seulement entre les chasseurs de radiosondes mais aussi avec des professionnels de Météo-Suisse, de Modem, de Météo-France, de l'ETBS (Bourges)... et à chaque fois ce fut l'occasion de rassembler des informations pour alimenter le site et les conversations sur la liste de diffusion.
  Pour le printemps, il fallait trouver quelque chose et la Journée mondiale de la météo fut un bon prétexte pour instaurer la "journée internationale d'écoute des radiosondes", belle occasion de sorties en groupe sur un point haut, de faire découvrir à des néophytes les modulations des radiosondes ou l'utilisation des logiciels de décodage et de comparer antennes, récepteurs et préamplis avec encore, pour conséquence, une augmentation de l'activité sur la liste.

  Le troisième étage de la fusée "chasse aux radiosondes" a été le système d'alertes par emails développé et géré par Francis F6AIU. Le principe en est simple : calculer chaque jour le point de chute de chacune des radiosondes régulières lâchées en Europe de l'Ouest et envoyer un email à chaque abonné dont la position géographique est à moins d'une certaine distance (50km à 70km en général) de ce point.
  Très vite, son succès a été très grand et il a contribué à réactiver sans cesse l'intérêt pour les radiosondes chez les OM en agissant comme une relance plus ou moins régulière.

  Dès la mise en place du site, F5ZV avait eu l'idée de mettre en place et de gérer au jour le jour un "tableau de chasses", en fait une liste chronologique des radiosondes trouvées avec quelques informations comme le lieu de récupération, le type de RS et le nombre de radiosondes retrouvées par chaque chasseur. Cet outil a été très efficace pour attiser la motivation de beaucoup de chasseurs - même si aucun classement n'a jamais été mis en avant - et pour établir des statistiques pour mieux connaître l'activité de radiosondage en Europe de l'ouest. Ce tableau a été repris en main fin 2012 par Pierre, F4GLJ, qui en a fait une application très puissante et très utilisée. Depuis début 2016 c'est Loïc qui en assure la gestion.

Neuf ans plus tard


  Les actions citées n'ont pas été les seules menées pour favoriser le développement de la chasse et de l'écoute des Radiosondes. Des expositions et des exposés nombreux ont été présentés au grand public et à celui des radioamateurs lors des rencontres comme les salons radioamateurs, la Fête de la science...
  Nombreuses ont été les réalisations décrites sur des sites et des blogs perso qui comportent très souvent une ou plusieurs pages décrivant une chasse ou indiquant comment écouter les radiosondes. La plupart du temps ces pages Internet comportent un lien sur la site "radiosonde.eu". L'encyclopédie en ligne Wikipédia a très tôt été complétée avec une page consacrée aux chasseurs de radiosondes.
  Les passionnés d'écoute ont rassemblé une masse d'informations précieuses (fréquences, horaires, types de RS...) sur le radiosondage en Europe. Comme les services pratiquant le radiosondage travaillent souvent en ignorant ce que font leurs voisins, cette base d'informations est unique en Europe.
  Plusieurs OM ont passé beaucoup de temps et d'énergie à développer des applications de décodage ou de suivi des radiosondes.
Un des plus beaux exemples est "EcouteRS" de F5JTZ/F1UMW. Cette application Internet utilisable également sur smarphone permet de suivre en direct le vol d'une radiosonde. Utilisable par tout internaute, elle a permis de toucher un public non radioamateur qui découvre ainsi le monde de la radio. Plusieurs d'entre-eux sont devenus radioamateurs.
  Au travers de tous ces sites, nombreux sont les étudiants qui, à la recherche d'un sujet pour un projet d'études, passent et s'attardent sur le site radiosonde.eu ; plusieurs projets ont été ainsi soutenus par la communauté des radioamateurs passionnés par le radiosondage.

Portaits de passionnés

  Qu'on ne cherche pas à les identifier, ils n'existent pas physiquement et pourtant toute ressemblance avec certains membres du groupe radiosonde-monitoring ne serait pas tout à fait fortuite.

Alex, écouteur de radiosondes

F0AAA a de la chance, il habite une région centrale, et sa maison est construite sur une sorte de point haut. Sa passion de toujours : l'écoute, et il n'a passé la licence F0 que pour être en mesure de signaler la découverte d'une radiosonde lors d'une de ses rares chasses. Car il ne chasse pas beaucoup, Alex, c'est un sédentaire dont le plaisir est d'écouter toutes les bandes et tous les modes. Son toit est hérissé d'antennes et son jardin est envahi par les mâts, pylônes et bouts de fils entrecroisés. Il avait déjà entendu les signaux des radiosondes sur la bande météo mais n'avait pas su les identifier (satellites, parasites ?) et c'est en écoutant les conversations sur le relais régional qu'il a découvert l'existence du site "radiosonde.eu". Aussitôt, il a installé SondeMonitor et une antenne yagi 20 éléments 403 MHz de sa fabrication entre la 6 éléments 50 MHz et la 16 éléments 430MHz. Chaque jour, il décode tout ce qu'il peut et signale sur la liste de diffusion la fréquence et la position de chaque RS entendue.

Ben, technicien de haut niveau

F1BBB n'est pas non plus un chasseur fou, il est rare qu'il sorte pour chasser, ou alors c'est qu'une radiosonde égarée vient le narguer dans son potager. Pourtant il habite dans un secteur particulièrement favorisé. Mais il préfère le confort de son labo-atelier où méticuleusement il a mis au point trois préamplis de très grande qualité qu'il a revendu à bas prix à Alex et à Fred pour qu'ils puissent améliorer les performances de leurs équipements. Ce chasseur de décibels a trouvé dans la chasse aux RS une autre raison de s'éclater : la réalisation d'un récepteur 400 à 406 MHz incluant un décodeur affichant en temps réel l'altitude et la position de la radiosonde écoutée.

Chris, le baroudeur

Contrairement à Alex et Ben, F2CCC n'est pas un sédentaire, il faut qu'il bouge, par tous les temps, et les kilomètres ne lui font pas peur. Chris ne s'embarrasse pas de calcul de prévision, il jette un coup d'oeil sur l'alerte qu'il a reçu, étudie rapidement le windgram de la région, essaye de voir l'évolution du temps... et fonce. Dès que la radiosonde est en l'air, il la surveille du bout de sa directive, guette le moment de l'éclatement et essaye de deviner si le parachute s'est ouvert, rien qu'en écoutant les variations du signal. Après ça il fonce vers l'endroit supposé du point de chute, s'arrête de temps en temps en catastrophe sur le bas-côté, sort l'antenne et le récepteur et s'assure que la RS se dirige bien là où il l'a prévu. Pas de PC ni de décodage, il chasse en "bio" et, même s'il se fait devancer la plupart du temps par les copains qui utilisent le décodage pour retrouver les RS c'est souvent lui qui récupère le boîtier dans un arbre en grimpant comme un écureuil ou dans une pâture à vaches qu'il fait fuir avec de grands cris...

Dan, le décortiqueur d'octets

F3DDD est l'alchimiste du groupe. Il travaille dans l'ombre et ne communique qu'avec un petit nombre de copains.. Son but est de comprendre "comment ça marche" et quand il sait, cela ne l'intéresse plus. Si vous voulez lui faire plaisir, donnez lui l'enregistrement des signaux transmis par une RS et vous n'entendrez pratiquement plus parler de lui tant qu'il n'aura pas percé le secret du codage des informations transmises. Il aime travailler avec Ben, l'un analyse les circuits électroniques et l'autre dissèque les trames.

Ed, l'organisateur

Edouard F4EEE est le boute-en train du radioclub. Secrétaire de l'ADRASEC, il s'est enthousiasmé pour la chasse aux RS dès qu'il en a compris les avantages pour l'entraînement à la radiogoniométrie : "vous vous rendez compte, les gars, deux exercices gonio par jour, et un de nuit tous les jours ! ". Un vendredi soir, il avait fait venir F2CCC avec son matériel et tout un carton de radiosondes pour la réunion hebdomadaire du radioclub et avait tenté de convaincre les autres membres de l'accompagner sur le terrain. Cela n'avait pas été facile car les "culs-de-plomb" avaient eu bien du mal à sortir un samedi après-midi pour accompagner Chris dans une chasse d'initiation. Mais au bout d'une paire d'années, de deux sorties barbecue pour écouter les RS et surtout depuis que SondeMonitor décode à peu près toutes les types de radiosondes, il sont maintenant souvent quatre ou cinq sur le terrain lorsqu'une radiosonde retombe dans le coin. Mais Chris les a prévenu en plaisantant : "Attention les gars, le premier qui trouve la RS se signale sur 145.550 sinon je lui crève les quatre pneus...! ".

Fred, le collectionneur

SWL, il collectionnait déjà les préfixes du DXCC et les vieux postes à galène. Du jour où Chris F2CCC lui a donné une RS92-SGP et une M2K2 il s'est mis à collectionner les radiosondes. Il en a maintenant plein une longue étagère qu'il a lui-même chassées, qu'il a échangées avec des passionnés comme lui lors de salons et rencontres radioamateur (comme celle de Bourges en 2011) ou qu'il a commandées sur eBay ! Mais comme la collection de boîtiers ne mène pas bien loin, il y a ajouté les parachutes qu'il accroche au plafond de son musée et dont les ficelles pendouillent au-dessus des lampes TM ou des pioches d'avant la guerre. Bien sûr il s'est mis à écouter la bande 400 à 406 et a dressé une liste de toutes les fréquences utilisées. Depuis chez lui il a réussi à décoder les RS de 14 centres différents et il a passé des heures en pleine nuit pour essayer d'entendre la RS80 du centre de Petahouchnok en Bordurie méridionale. Maintenant qu'il a découvert l'existence du Tableau de chasses il passe une grande partie de ses heures de loisirs à chasser tout ce qui retombe dans un rayon de cent kilomètres autour de son QRA. Et son XYL dans tout cela, me direz-vous ? Oh, pas de problème, elle collectionne les ours en peluche et les bigoudis. A chaque nouvelle radiosonde trouvée par son OM, elle achète une nouvelle pièce sur eBay.

Gast, le chasseur lambda

Gaston, c'est vous, c'est moi, le chasseur lambda, qui touche un peu à tout et chasse quand il a le temps, c'est à dire quand il en a envie. Il aime bien la gonio mais ne veut pas passer des heures à ratisser la moitié d'un département pour retrouver le signal de la radiosonde échouée, au risque d'échouer lui-même en arrivant trop tard. Il lui arrive de chasser de nuit avec un copain mais à condition de ne pas avoir à se lever le lendemain pour aller au boulot. Suspendues dans son shack : une M2K2 et une M10 qu'il a chassé lui-même et une DFM-06 qu'un copain lui a donné. Sur son mât, une 7 éléments qu'il a fabriquée lui-même et qui lui sert à décoder les radiosondes qui retombent dans son secteur. Il lit tous les messages de la liste mais n'est pas très bavard.
Gast, c'est aussi Gastonne, l'épouse de Christian ou d'Edouard qui réveille son mari en pleine sieste pour lui signaler que la Trappette ou la Nîmoise est retombée tout près et qu'elle a déjà les bottes aux pieds. Ou bien c'est Germaine, F9XYL, qui fabrique ses antennes, grimpe aux arbres avec ses griffes et chasse en VTT dans les landes et les maquis, au grand dam de son mari.

Et après ?

  Aujourd'hui, en 2018, des chasseurs et écouteurs de radiosondes se posent des questions : combien de temps encore allons nous pouvoir écouter et rechercher nos chères petites bêtes ?
L'avenir du radiosondage peut être mis en doute : le coût de l'hélium qui ne cesse d'augmenter (mais on parle à nouveau d'utiliser l'hydrogène), l'utilisation des satellites et des LIDAR, la puissance de calcul des ordinateurs... font qu'entre 2007 et 2013 deux stations régulières sur six (Lyon et Nancy) ont cessé d'envoyer des ballons en France, Payerne a supprimé ses radiovents de 06 et 18Z, certaines stations anglaises ne lâchent plus de radiosondes qu'en fonction des besoins...
  Dans le domaine de la météorologie comme dans beaucoup d'autres, les changements sont très lents. Il est fort probable que, vu l'âge moyen des radioamateurs, beaucoup d'entre eux aient rejoint le Ciel avant que les radiosondes aient cessé de l'explorer.
  Si on peut penser que les RS continueront encore longtemps à transmettre leurs données, il n'est pas certain que les logiciels de décodage pourront suivre leurs déplacements dans l'avenir. Non pas que le récepteur GPS en soit ôté mais peut-être parce que les données transmises seront cryptées, comme cela semble être déjà le cas sur certaines radiosondes.
Mais même dans ce cas il nous restera encore la radiogoniométrie pure, à condition qu'un time-killer ou un kill-timer ne viennent pas couper prématurément l'émission...